Pourquoi devenir un territoire à énergie positive ?

Pourquoi devenir un territoire à énergie positive ?

Une diversité d'enjeux et d'approches animent les communes, territoires et acteurs locaux engagés, et sont promus au sein du réseau Territoires à énergie positive qui les rassemblent

Published by Jade Charouk on 19.07.2013

Au cœur de la transition

Les territoires sont en première ligne de la transition énergétique et plusieurs facteurs structurels justifient leur implication croissante : les gisements d’énergies renouvelables et d’économies d’énergie sont par nature locaux ; les responsabilités confiées aux territoires par la loi augmentent régulièrement depuis 30 ans [1] ; l’énergie s’impose comme une question sociétale majeure pour les citoyens  - précarité énergétique, risques environnementaux notamment -, et de ce fait, pour les élus locaux.

Stimuler une nouvelle économie circulaire

Chaque année, les dépenses domestiques pour l’achat d’énergies (essentiellement fossiles) s’élèvent à environ 2.850 € par ménage [2] et l’essentiel de ce montant sort du territoire – et d’ailleurs de Belgique. Or « l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas », et les ressources renouvelables sont présentes dans tous les territoires, à des degrés divers : à chacun son terroir d’énergies. Le potentiel de réduction de cette ‘hémorragie’ financière sur un territoire se chiffre donc à la mesure de sa capacité à diminuer les consommations d’énergies et à réinvestir les économies dans une production d’énergie à partir de ressources locales. En d’autres termes, nous avons là un potentiel d’économie circulaire considérable qui vise à ‘garder l'argent à la maison plutôt que de le jeter par la fenêtre’. 

En matière d'énergies renouvelables, ce potentiel est progressivement capté à travers un modèle économique de type de 'circuits courts',  mis en place au sein de coopératives et dans lequel le citoyen est à la fois propriétaire, producteur, fournisseur et consommateur de l’électricité produite. Dans ce modèle, les bénéfices générés par cette activité propre et solidaire [3] sont réinvestis d'une part dans des conseils à l'Utilisation Rationnelle de l'Energie ainsi que dans de nouveaux projets renouvelables sur le territoire, activant ainsi une 'boule de neige positive' au bénéfice du citoyen et de l'environnement. Ce type de modèle fait ses preuves, mais il reste néanamoins relativement marginal [4] et pourrait néanmoins prendre une ampleur considérable en fonction de la place que lui dévouera le plan d'action transversal.

Exploiter les gisements de valeur

Les gisements de valeur liés à un projet énergétique local correspondent à la valeur économique directe [5] et indirecte (création d’emplois, développement de pôles de compétences, de recherche et de formation, création de filières industrielles), ainsi qu’à la valeur d’image et l’attractivité globale - préservation de l’environnement, dynamisme économique, amélioration de la qualité de vie. La commune de Güssing en Autriche a prouvé combien ce dernier gisement pouvait démultiplier les bénéfices socio-économiques, puisque sa politique d’autonomie énergétique a conduit à la naissance d’un tourisme énergétique (300 visiteurs par semaine), à la création d’une chaîne d’hôtel et à l’accueil d’une entreprise qui fabrique du parquet et emploie 120 personnes, attirée par les complémentarités avec le développement du bois-énergie et la stabilité des prix de l’énergie.

En Wallonie, des communes comme  Villers-le-Bouillet montrent qu'il est financièrement intéressant pour une commune de prendre en charge l'exploitation de sa ressource éolienne et de réduire drastiquement sa facture énergétique à travers une maison communale passive et des unités photovoltaïques installées (gratuitement par la coopérative éolienne locale) sur tous les toits publics.

Négocier la répartition de la valeur

Aujourd’hui, les projets énergétiques ne peuvent plus être dissociés des stratégies des collectivités, ce que résume efficacement la formule : « Ne plus faire des projets sur les territoires, mais faire des projets de territoire ». Ils impliquent de ce fait un ensemble large de parties prenantes qui représentent et portent les différents objectifs poursuivis, et entre lesquelles une négociation doit s’ouvrir sur la répartition de la valeur. La concrétisation de ces projets d’intérêt territorial relève d’une complexité technique, juridique et financière. C’est le rapport de force des « intelligences » en place qui déterminera le résultat de cette négociation [ 5 bis]. Se doter de compétences humaines au sein d’un territoire, ce n’est pas s’imposer une dépense supplémentaire, mais se donner l’opportunité d’accéder à de nouvelles ressources.

Mobiliser et fédérer les ressources

La réussite d'un projet territorial 'énergie positive' repose notamment sur la motivation et l'efficacité de l'équipe qui l'anime. Pour y arriver, il n'y a pas de miracles: il faut s'impliquer individuellement et collectivement. Tous les  élus et services de la commune y sont concernés : de l'aménagement du territoire, en passant par l'économie locale, la mobilité, l'éducation, le tourisme, la gestion des forêts et espaces vert, la consommation locale, l'agriculture et les finances. Revoir son organisation interne et l'élargir aux ressources externes de la commune [6] est d'ailleurs une obligation imposée aux communes engagées dans la Convention des Maires.

Celle-ci incite aussi les communes à s'engager collectivement avec un coordinateur territorial -une province, une intercommunal, un GAL- et ce afin de garantir une cohésion globale, disposer d'un service de soutien technique, humain et financier, et mobiliser tous les acteurs du territoire. C'est par exemple ce que la Province du Limbourg réalise en instituant le 'Parlement Climat' , un lieu ou associations de citoyens, entreprises, syndicats, écoles et académies se retrouvent tous les ans pour faire le point sur l'année écoulée et planifier les actions contribuant à l'objectif Zéro Emission de la province.

Relancer l'économie locale par l'énergie

Les plans d'actions réalisés par les communes engagées dans la Convention des maires le montrent:  Ce sont essentiellement les citoyens et les entreprises locales qui investiront dans leur propre terroir d'énergies. A Mouscron, le plan d'action prévoit un budget de 111 millions d'euros (de 2013 à 2020) dont la grande majorité sera réalisée par les citoyens et les entreprises de la ville. Ces investissements seront principalement orientés vers des travaux d'isolation à forte valeur ajoutée locale (forte demande en main d’œuvre locale). Dans ces communes plus rurales comme à Braives (5500 habitants) les budgets sont certes plus petites, mais ils n'en demeurent pas moins conséquents: 16 millions sur 6 ans à consacrer principalement sur l'isolation des logements citoyens. la commune n'investira que '700.000 euros sur la période. A Attert, Sivry Rance, Wanze et dans les autres communes engagées dans la convention des maires, le modus operandi est similaire : la commune entend activer les investissement citoyens dans des actifs citoyens (logements et unités de production décentralisée). Du local vers le local. de quoi stimuler une relance du bas vers le haut! 

Êtes-vous prêt à vous joindre au mouvement ?

[1] Aménagement du territoire, planification stratégique sur l’énergie, contrôle PEB, Investissement dans les EnR (décrêt éolien), Guichets citoyens et ecopasseurs, ...

[2] Source: Bilan énergétique 2007 de la Région Wallonne, ICEDD

[3] les coopératives agréées remplissent les critères de l’économie sociale : autonomie de gestion, primauté du travail par rapport au capital, un homme une voix, dividendes limités et redistribués aux membres et à la collectivité

[4] Moins de 10% de la puissance éolienne installée en Wallonie est détenue par des coopératives. Source Facilitateur Eolien - http://www.eolien.be/node/58

[5] Actifs de production, chiffre d’affaires généré, bénéfices nets dégagés, coûts de l’énergie maîtrisés.

[5 bis] Dans certaines filières (l'éolien notamment) la balance est réglementée : Au minimum 49.99 % pour les citoyens et les autorités publiques qui en font la demande, le reste pour le privé. 

[6] par exemple : Facilitateurs, agences de développement local, Société actives dans la construction et dans le renouvelables, PME, fédérations professionnelles, chambres des commerce, coopératives, universités, écoles, associations de citoyens, de famillles..